Le désarmement
nucléaire européen (European Nuclear Disarmament - END) était
à l'origine un mouvement anglais, mené par, entre autres, E.P.
Thompson et Mary Kaldor, qui s'est transformé en mouvement impliquant toute
l'Europe pour 'une Europe sans nucléaire, de la Pologne au Portugal',
organisant une convention annuelle sur le Désarmement nucléaire, de 1982
à 1991.
Sommaire
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Le
texte fondateur de END est l'Appel pour le désarmement nucléaire européen, en
avril 1980, en réponse à la décision de l'OTAN,
en décembre 1979
de riposter au changement par l'URSS de ses missiles moyenne portée en Europe
avec son propre programme de modernisation nucléaire : missiles
de croisière et Pershing,
déployés en Grande-Bretagne, Allemagne, Pays-Bas, Belgique et Italie.
L'appel
commençait ainsi : « Nous entrons dans la
décennie la plus dangereuse de l'histoire humaine. Une troisième guerre
mondiale est non seulement possible mais de plus en plus probable.. En Europe,
le principal théatre de la confrontation Est-Ouest, de nouvelles générations
encore plus redoutables d'armes nucléaires apparaissent. »
Le
document était notable principalement pour deux raisons. D'abord, il refusait
de prendre position dans la Guerre Froide : «
Il n'est pas de notre propos de distribuer les blâmes parmi les dirigeants
militaires de l'Est et de l'Ouest. Les deux côtés sont également coupables.
Les deux côtés ont adopté des postures menaçantes et commis des actes
d'agression dans différentes parties du globe. »
Ensuite,
il militait non pas pour le simple désarmement ('une Europe sans nucléaire, de
la Pologne au Portugal') mais aussi pour l'abolition du système de 'bloc'
qui divisait l'Europe depuis 1945. Ce but devait être atteint par une
nouvelle stratégie: la'détente par le bas' : « Il
faut que nous commencions à agir comme si l'Europe unifiée, neutre et
pacifique, existait déjà. Nous devons apprendre à orienter notre
allégeance non pas vers l'Est ou vers l'Ouest, mais les uns envers les autres,
et nous devons négliger les interdictions et les limitations imposées par un
Etat national quel qu'il soit (...) Nous devons nous opposer à toute
tentative, par les hommes d'Etat de l'Est et de l'Ouest, de manipuler ce
mouvement à leur propre avantage... »
Les
principaux auteurs de l'appel étaient Anglais: E.P. Thompson, Mary Kaldor, Dan
Smith et Ken Coates, et il a été lancé lors d'une conférence de presse
à la Chambre des Communes. Mais leur intention était de mettre sur pied
un mouvement à l'échelle européenne, et dès l'été 1980, il
recevait un large soutien, principalement en Europe de l'Ouest mais aussi de
quelques personnes du bloc soviétique, parmi lesquels l'ex-premier ministre
hongrois Andras Hegedus et le dissident russe Roy Medvedev. D'autres
intellectuels d'Europe de l'Est ont signé plus tard.
Dans
un contexte de mouvements pour le désarmement nucléaire émergeant un peu
partout en Europe de l'Ouest et gagnant du terrain dans les partis social démocrates
et eurocommunistes, un des groupes END en Grande-Bretagne, autour de Ken Coates,
décidait de concentrer leurs forces autour de l'organisation d'une grande conférence
visant à rassembler toutes les personnes impliquées. La première
Convention pour le désarmement nucléaire européen prit place à
Bruxelles, en Belgique, en 1982.
La
plupart des participants considérèrent que la Convention avait été un
succès, et le comité organisateur de la conférence, rassemblé pour
l'occasion par Coates, devint un Comité de Liaison END semi-permanent, composé
de membres provenant des principales organisations des mouvements pour la paix
d'Europe de l'Ouest et la plupart des partis social démocrates et
eurocommunistes. Ce Comité organisa d'autres conventions END, à Berlin
(1983), Pérouse ( Italie,1984), Amsterdam (1985), Evry (France, 1986), Coventry
(Grande-Bretagne, 1987), Lund (Suède, 1988), Victoria-Gasteiz (Espagne,
1989), Helsinki et Tallinn (Finlande et Estonie, 1990) et finalement à
Moscou (1991).
Pendant
ces conventions, et surtout à Pérouse et Amsterdam, il y a eu une
intense coopération avec le Dutch Interchurch Peace Council (IKV) et leur secrétaire-général
Mient Jan Faer et Wim Bartels. Bartels était aussi le président du Centre de
Coordination International pour la Paix (IPCC), une coopération de mouvements
'animés par le même esprit', qui unirent leurs efforts contre les armes
nucléaires et pour le soutien des initiatives indépendantes et dissidentes
pour la paix en Europe de l'Est.
Au
sein du groupe END en Grande-Bretagne, Thompson et Kaldor, entre autres, étaient
en désaccord avec Coates: celui-ci voulait gagner le soutien des partis
politiques et des leaders syndicaux et, en 1983, eut lieu une scission. Coates
et la Fondation pour la Paix Bertrand Russel, basée à Nottingham se
concentraient sur le processus de convention, laissant Thompson et Kaldor
prendre la tête du groupe END de Grande-Bretagne. Dès lors, le
groupe END UK devint une entité distincte des conventions, tout en y prenant
part et en étant représenté au Comité de liaison.
END
n'a jamais regroupé beaucoup de monde en Grande-Bretagne: lorsque c'est devenu
une organisation à laquelle on pouvait adhérer, en 1985, elle n'a recruté
que 500 membres. Mais elle a joué un rôle majeur dans le mouvement pacifiste
anglais des années 80. Les supporters de END, notamment Thompson et Kaldor, les
principales têtes pensantes du mouvement, étaient toujours très
demandés pour les réunions publiques et pour des articles d'opinion dans la
presse (The Guardian, le New Stateman et Tribune étaient
très demandeurs). C'est également des rangs de END que proviennent de
nombreux organisateurs du principal mouvement pacifiste, la Campagne pour le désarmement
nucléaire [Campaign for Nuclear Disarmament, CND] (Bruce Kent, Joan Ruddock,
Dan Smith et Meg Beresford étaient tous des supporters de END).
L'insistence
de END à critiquer le militarisme soviétique était très
controversée au sein de CND, qui comptait un groupe minoritaire mais très
vocal de communistes et gauchistes pro-soviétiques. Par contre ils étaient
pris beaucoup plus au sérieux par les Travaillistes, qui avaient adopté une
politique de défense non-nucléaire en 1980. Plus de 60 députés (MP)
travaillistes ont signé l'appel END en 1980, et les supporters de END, dont
Kaldor et Smith, ont fait partie de comités consultatifs sur la défense. END
avait aussi un large support parmi les libéraux opposés aux armes nucléaires
(mais pas parmi leurs alliés du Parti Social Démocrate), ainsi que parmi les
membres du parti Vert tout juste émergent. Il y a même eu quelques braves
membres dissidents des partis conservateur et communiste qui ont exprimé leur
soutien.
END a
publié une série de pamphlets aux éditions Merlin et un journal bimestriel END
Journal, édité par Kaldor. END a aussi organisé des conférences sur différents
thèmes liés au désarmement.
En
France, les thèses du movement END ont été soutenues par, entre autres,
le CODENE (COmité pour le DEsarmement Nucléaire en Europe).
END
est surtout connu pour son travail avec les dissidents en Union Soviétique et
dans ses satellites d'Europe Centrale. L'Appel END avait gagné un certain
soutien parmi les dissidents du bloc soviétique lors de son lancement, mais la
plupart étaient incertains quant au mouvements pacifistes européens, dont ils
pensaient qu'ils mimaient les slogans soviétiques et n'avaient aucune réelle
sympathie pour les gens qui subissaient la dictature communiste. Václav Havel a
exprimé ce point de vue avec force dans son essai Anatomie d'une réticence
(1985).
Toutefois,
grâce à la persistance de END et d'autres activistes du même bord
provenant d'autres pays, qui ont réussi à maintenir une correspondance
suivie avec les dissidents du bloc soviétique et à leur rendre visite
quand ils le pouvaient, au milieu des années 80 un dialogue fructueux était établi.
Le groupe tchèque avait des échanges de point de vue et rendait visite
à Havel et ses collègues de la Charte 77 en Tchécoslovaquie. Le
groupe hongrois a fait la même chose avec György Konrád, Miklos Haraszti
et un petit groupe d'activistes pacifistes en Hongrie, le groupe polonais avec
Adam Michnik, Jacek Kuron et d'autres activistes, le groupe Allemagne de l'Est
avec Bärbel Bohley et d'autres qui devinrent plus tard le noyau du Neues Forum.
Les
Conventions END et le groupe britannique déclinèrent à la fin des
années 80, à la suite du Traité sur l'élimination des forces nucléaires
à portée intermédiaire de 1987 qui supprimait la raison d'être
des mouvements pacifistes européens. Toutefois, les conventions ont continué
jusqu'en 1991 (à Moscou) et la branche END de Grande-Bretagne s'est
transformée en 1989 en 'European Dialogue', groupe de pression pour encourager
le développement de la démocratie et de la société civile, encore actif
à l'heure actuelle.